|
La profession de clown thérapeutique est née
dans les années 1980 simultanément à
New York et à Winnipeg. Depuis, les compagnies
professionnelles de clowns d’hôpitaux se
sont multipliées dans le monde entier.
Dr Clown emploie des artistes professionnels de la
scène, qui ont tous une formation en théâtre,
en jeu clownesque, en danse ou en musique. Ces artistes
suivent ensuite une formation
spéciale, donnée par Dr Clown, axée
sur le travail en milieu hospitalier : compréhension
de l’environnement hospitalier, confidentialité,
comportement psychosocial des patients et de leurs familles,
objectifs du personnel soignant, ainsi qu’hygiène
et réglementations épidémiologiques.
Ils font également l’objet d’un contrôle
médical, d’une vérification du casier
judiciaire et se soumettent à un code de déontologie
pour assurer qu’ils sont aptes à servir
le milieu hospitalier.
Bien qu’ils ne soient pas des thérapeutes,
les bénéfices qui résultent de
leur travail sont considérés comme étant thérapeutiques.
Puisque le système immunitaire et le système
nerveux fonctionnent ensemble, le rire, l’imaginaire
et la relaxation peuvent aider un bénéficiaire,
sans prétendre le traiter.
Chacun de nos artistes
crée un personnage de clown-docteur en s’affublant
d’un nom comme Dr Quenouille, Dr Fifi Se-Pense-Bien,
Dr Frog ou Dr L’Air de Rien. Tous revêtent
des costumes simples et colorés, toujours parés
de l’incontournable blouse blanche de docteur.
Bien qu’ils ne soient pas maquillés, ils
portent toutefois le nez de clown pour que l’on puisse
les distinguer des… vrais médecins !! Travaillant
toujours en groupe de deux, ils sont attendus chaque semaine pour leur
tournée « médicale ».
Que font les clowns thérapeutiques
?
La mission des clowns-docteurs n’est pas de divertir
mais de renverser les rôles. Les clowns ne vont
pas nécessairement offrir un spectacle de magie,
de musique, de jonglerie ou autre. Dans un hôpital,
les patients sont entourés de spécialistes
qui prennent soin d’eux. Lorsque les clowns-docteurs
leur rendent visite, ce sont les patients eux-même
qui deviennent les experts. Dans leur logique désordonnée
et vulnérable, les clowns-docteurs ont recours
à l’aide du patient pour les sortir de
leurs désopilantes situations. Les clowns-docteurs lui permettent
alors aux patients de s’occuper de quelqu’un et de retrouver
confiance et estime de soi.
Grâce à leur présence régulière
hebdomadaire, des liens étroits se nouent souvent
entre les clowns et les patients atteints de longue
maladie, leurs proches et le personnel. Leur présence
se fait encore sentir quand ils ont terminé leur session et souvent leur prochain visite est anticipée avec impatience.
Les clowns thérapeutiques aident à diminuer
la crainte du monde hospitalier avec leurs vocabulaire,
leurs protocoles, leurs accessoires, les transposant dans
un monde ludique, espiègle et imaginaire, où
le patient peut se permettre un mode plus chaotique
et intuitif. Les clowns thérapeutiques peuvent
ainsi aider le bénéficiaire à trouver
sa place au sein de cet environnement si bien réglé.
Les clowns thérapeutiques contribuent à
préserver une image positive à travers
la reconnaissance de ses limitations. Chaque jeu est
proposé sur mesure, évoquant une métaphore
de la limitation, de la maladie, mais ce sont les clowns
qui sont pris et le patient qui détient la clé.
Les émotions négatives ne sont pas jugées
ou réfrénées mais sont intégrés
positivement au jeu et à l’imaginaire.
Que ne font pas les clowns thérapeutiques
?
Ils ne s’imposent pas aux patients, ni forcent
le rire. Aux clowns-docteurs, on peut dire non.
Les artistes ne peuvent compenser pour un manque de
personnel ou pour des niveaux de douleur non contrôlés.
Bien qu'ils peuvent apporter distraction et réconfort,
qu'ils aident à transformer l'anxiété,
et reçoivent des confidences, les clowns thérapeutiques
savent qu'il ne remplacent pas par exemple le soutien
familial, psychologique ou religieux.
Enfin, les clowns thérapeutiques ne font pas
concurrence au personnel. Ils se proposent simplement
comme catalyseurs à leur propre utilisation de
l'humour, du jeu, de l'imaginaire et de la tendresse
dans leur relation avec leurs patients.
Exemple d’intervention auprès
d’un enfant
« Quelle joie de vous voir ici » dit l’infirmière
chef. « Hasan doit se rendre en salle d’opération
immédiatement et aucun membre de sa famille n’a
pu venir. Il a peur d’y aller seul, pourriez-vous
l’y accompagner tous les deux ? »
Dr Frog et Dr Quenouille sont enchantés d’accompagner
leur jeune ami de huit ans hospitalisé depuis
quelques semaines. Ils lui demandent alors de se joindre
à la parade officielle de l’hôpital.
Il accepte. Ne sachant pas comment marcher au pas de
parade, les clowns-docteurs lui demandent comment faire.
Hasan leur explique, tout en riant de les voir essayer
de marcher au pas pour aboutir droit dans le mur ou
de trébucher entre eux. Les clowns-docteurs lui
donnent une crécelle à agiter. Ils remettent
des maracas à la préposée aux soins,
des clochettes à l’infirmière. Dr
Frog sort sa bombarde et Dr Quenouille, sa flûte.
Tout le monde forme une parade pour se rendre à
la salle de chirurgie. En chemin, ils saluent de la
main et sourient à tous ceux qu’ils rencontrent.
Ceux-ci les saluent à leur tour avec un large
sourire. Hasan entre dans la salle d’opération
en fredonnant encore l’air de la marche…
Exemple d’intervention auprès
d’une personne âgée
« Madame C. à la chambre 645, a fait une
chute et est alitée depuis quelques jours. Elle
est très déprimée. Je crois qu’elle
aurait besoin d’une visite des Docteurs. »
nous mentionne l’infirmière au poste de
service.
Dr L’Air de Rien et Dr Fifi Se-Pense-Bien
sont enchantés de retrouver leur
vieille amie, espérant que cette
déprime n’est pas trop sérieuse.
– « Madame
C. !!! C’est nous ! Est-ce que nous
pouvons entrer ? » –
Madame C. émet un long râle,
puis invite ceux dont elle reconnaît
bien la voix depuis les années qu’ils
viennent la voir. – « Madame
C., on nous a dit que vous avez encore essayée
de vous lancez par terre !! Mais qu’est-ce
que c’est que cette idée ?
» – « Oh
non, mes jeunes amis, ce n’est pas
drôle cette fois-ci. »
– « Voyons-donc
qu’est-ce que vous allez nous raconter
cette fois-ci… vous n’allez
pas vous plaindre encore ? Si vous pensez
que nous voulons entendre toutes vos complaintes.
» – « Oh
! Vous savez j’ai envie de mourir.
J’en ai assez. Je ne sers à
rien. Et je me fais de plus en plus mal.
Oh ! Je suis malheureuse dans ce lit.
» – « Dormez
par terre alors. » –
« Hi, hi…
Vous savez que ce n’est plus de mon
âge. » – «
Ah ! Si !! On pourrait
venir faire du camping avec vous.
» – « Ha,
ha !! Je ne pensais pas que vous me feriez
rire aujourd’hui. Bon, vous avez le
droit à vos biscuits. »
– « Merci
Madame C. !!! »
Tout en dévorant les biscuits. – « Mme C.
vous savez pourquoi vous n’êtes pas encore
morte ? » – « Qu’allez-vous encore me raconter
comme bêtise ? » – « Bien d’après
nous, peut-être que vous ne savez pas vraiment
mourir. Si vous voulez on va vous faire pratiquer. Tenez
installez-vous comme ça les mains réunies
sur le ventre. C’est bon. Fermer les yeux. Excellent.
Ah ! oui. Vous avez vraiment l’air morte maintenant
!! Bravo. Bon, alors votre âme sort et monte vers
le ciel. Ça chatouille un peu en passant à
travers les nuages. Et vous arrivez aux portes du paradis.
Il y a Saint-Pierre et un ange. Saint-Pierre : ' Bonjour Mme C. Est-ce que vous savez chanter ?
Car nous aurions besoin d’aide pour la chorale
? Montrez-moi comment vous chantez ? ' »
Et voilà Mme C. qui fredonne joyeusement encore
« Glo-ooo-ooo-ooo-ria ! in Excelsis Deo !! »
tandis que ses deux clowns-docteurs l’ayant couvertes
de bisous, quittent doucement la chambre… laissant
une Mme C. ravie et souriante…
partenaires
< haut >
les bienfaits du rire
|